Technique vocale : comment travailler le chant ?

Respiration, vocalises, filage d’airs, intonation, déchiffrage, travail à la table… Comment s’y retrouver dans cette jungle ?

Selon le plan de séance que je propose, une séance de chant se décompose en plusieurs étapes :

  • Pratique vocale (voir section ci-dessous) ;
  • Pratique physique et relaxation ;
  • Travail à la table, théâtre, interprétation, diction / prononciation, visualisation ;
  • Écoutes et déchiffrage ;
  • Formation musicale : intonation, travail de rythme.

Pratique vocale

C’est le cœur de votre séance de chant, l’élément qui doit rester lorsque vous n’avez pas le temps de faire le reste.

La fiche-séance que je distribue en cours comporte trois étapes :

  1. Des exercices de souffle et de posture ;
  2. Des vocalises ;
  3. Le filage d’un ou plusieurs airs.

Ces trois phases sont décrites plus bas.

Sur la fiche, vous noterez les éléments suivants :

  • Une durée est associée à un exercice (ou un groupe) : en utilisant un chronomètre, cela vous permettra de faire des séances reproductibles, et vous pourrez ainsi apprécier l’état de votre chant, comparativement à hier (ça ne marche pas pour l’interprétation…). Vous noterez cependant que ceci a ses limites, car tout n’est pas mesurable ni comparable, et par ailleurs tel n’est pas le but de la manœuvre. L’objectif est bien de structurer votre pratique, afin que vous soyez convaincu que vous en faites assez, ni trop ni trop peu. Car contrairement à beaucoup de disciplines instrumentales, il est déraisonnable de vouloir chanter six heures par jour, tous les jours.
  • Des sensations sont associées à un exercice. Je le note pour les chanteurs en début de parcours car cela leur permet de trouver plus facilement, par des métaphores, des images ou des adjectifs, ce geste vocal global que nous souhaitons développer.
  • Utilisez un carnet d’entraînement. Si la durée vous permet de faire des séances reproductibles, votre carnet d’entraînement sera la mémoire de votre pratique. Chaque jour, vous pouvez noter la date, le programme suivi, quelques observations succinctes et sensations. De cette manière, vous pourrez ensuite porter un regard rétrospectif sur votre pratique quotidienne du chant.
  • On peut faire une séance de pratique vocale complète en quinze minutes ! Cela ne comporte cependant que la phase de pratique vocale (voir l’introduction de l’article).
  • On devrait faire des séances comportant tous les éléments notés dans l’introduction (travail à la table, écoutes et déchiffrage, formation musicale, pratique physique et sportive). Cependant, ces autres phases peuvent aussi se faire dans d’autres circonstances (transports en commun, écoutes avec une playlist sur un smartphone, …).
  • Je ne le répèterai jamais assez : la séance de pratique vocale n’est que le cœur de votre pratique de musicien, votre entraînement quotidien ! Les autres éléments sont aussi primordiaux, car nous ne sommes pas que des techniciens de la voix.
  • Bien sûr, modifiez ce plan de séance pour qu’il convienne à votre évolution vocale. Parlez-en à votre professeur de chant, c’est mieux, car son oreille avertie lui permettra de vous conseiller judicieusement quant au choix des exercices, de leur tessiture, de leur durée et de leur ordre. Sinon, reprenez les exercices faits en cours et notez-les (c’est également un bon exercice que de retranscrire les vocalises !).

Exercices de souffle et de posture

Ces exercices préparent physiquement le corps à un bon soutien.

Ils peuvent être nombreux, mais l’exercice du ri pi ti ki est peut-être celui qu’on peut systématiser. Il prépare au chant de manière admirable.

Vocalises

Sur la feuille que je distribue, je note en principe les vocalises en Do majeur.

Je note ensuite l’ambitus de cette vocalise : la première note écrite correspond à la première note de la première vocalise. Ensuite, on fera cette vocalise en montant/descendant par demi-tons conjoints.

Filages

Je note également le filage d’un ou plusieurs morceaux / airs. Pendant ceux-ci, on s’appliquera bien à retrouver les sensations recherchées au cours des exercices de souffle et des vocalises.

Et le reste ?

Les autres phases, quoique tout aussi importantes pour le développement d’un musicien-chanteur complet, feront peut-être l’objet de futurs articles !

En attendant, ne les oubliez pas, le chant ne se réduit pas à une musculation !


Références / notes

Bon nombre d’éléments de cette méthode, notamment pour la manière de noter les vocalises et leur ambitus, ont largement été pompés de l’excellent ouvrage de Jacqueline Bonnardot (décédée le 29/03/2013) : « Le professeur de chant : un luthier qui construit une voix », aux éditions Henry Lemoine / Van de Velde.

Je considère l’excellent ouvrage de Richard Miller, « Pédagogie systématique du chant » (éd. Cité de la Musique), comme une référence. Attention cependant, le sujet est aride pour un chanteur en apprentissage ! Deux petits bémols :

  1. Il peut éventuellement amener à trop décortiquer le geste vocal, qui doit rester un geste global ;
  2. Surtout, il est écrit par un Américain pour une pédagogie sur des chanteurs américains. Ainsi, comme la langue parlée influe énormément sur le geste vocal, il ne faut donc pas tout prendre au pied de la lettre !

Bon nombre de grands principes dans ma méthode de pratique vocale ont été imaginés à partir des méthodes de musculation d’Olivier Lafay, qui sont très bien faites : « Méthode de musculation — 110 exercices sans matériel », et « Méthode de musculation au féminin — 80 exercices sans matériel », éd. Amphora. Ces deux méthodes ont une structure différente, et je m’en suis largement inspiré. Merci Olivier !

En ce qui concerne les mécanismes et les registres, j’essaie de me fier en particulier au discours de Bernard Roubeau, orthophoniste spécialiste de la voix chantée. Il a notamment défini quatre mécanismes dans la voix humaine :

  • Le mécanisme 0 : Appelée souvent fry voice ou basse de bourdon, il est utilisé dans certaines langues (japonais notamment). C’est ce fameux « Euh… » de France Culture.
  • Mécanisme 1 : Ce qu’on appelle couramment la voix de poitrine, et ce qu’utilisent les hommes dans le chant lyrique. Dans les chants traditionnels et les Musiques actuelles, les femmes utilisent souvent ce mécanisme. Les femmes utilisent épisodiquement ce mécanisme dans le chant lyrique. On dit alors qu’elles poitrinent (du néologisme poitriner).
  • Mécanisme 2 : Ce qu’on appelle couramment la voix de tête ou voix de fausset (pour les hommes). Les femmes utilisent largement ce mécanisme dans le chant lyrique. Les hommes utilisant ce mécanisme sont appelés des contre-ténors.
  • Mécanisme 3 : Appelé voix de sifflet, ce mécanisme n’est utilisé dans le chant que par les sopranes légères pour atteindre les dernières notes de leur tessiture. C’est le mécanisme qu’utilisent la plupart des sopranos coloratur pour l’air de la Reine de la Nuit, par exemple.

Dans chacun de ces mécanismes, il va ensuite y avoir un phénomène de régistration : les registres sont donc des zones (en hauteur absolue) qui nécessitent des adaptations lorsque le chanteur passe d’une zone à l’autre. On parle alors de zone de passage, ou plus communément de passage.

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