[{"content":"Avec une voix de ténor lyrique, Adrien Poupin entre en 2016 comme artiste supplémentaire dans les chœurs de l\u0026rsquo;Opéra de Paris. Il participe à de nombreuses productions et a fait plus de 200 représentations à l\u0026rsquo;opéra Bastille jusqu\u0026rsquo;en 2025.\nEntré en 2019 au Chœur de l\u0026rsquo;Armée Française, il participe aux cérémonies officielles et aux nombreux concerts que cet ensemble réalise partout en France et dans le monde.\nEn 2013, il a créé l\u0026rsquo;association Demi-soupir et réalisé des stages de chant, des récitals et des spectacles (dont les derniers : Pomme d\u0026rsquo;api, 2022 – Odyssée sauvage, 2024).\nAdrien Poupin est également chef de chœur depuis 2008 et a dirigé des chœurs à Toulouse, Versailles, Saint-Quentin en Yvelines, et maintenant à Montargis (Loiret). Il a également donné des cours de chant en cours particuliers de 2012 à 2022.\nDepuis la naissance de sa fille en 2022, il se concentre aujourd\u0026rsquo;hui sur la direction de chœur, sur son poste au sein du Chœur de l\u0026rsquo;Armée, et plus que jamais sur ses interventions solistes. Par exemple, il fait ses débuts en février 2026 sur le Requiem de Mozart, et en mai 2026 sur le Requiem de Verdi.\n","permalink":"https://adrien-poupin.fr/biographie/","summary":"\u003cp\u003eAvec une voix de ténor lyrique, Adrien Poupin entre en 2016 comme artiste supplémentaire dans les chœurs de l\u0026rsquo;Opéra de Paris. Il participe à de nombreuses productions et a fait plus de 200 représentations à l\u0026rsquo;opéra Bastille jusqu\u0026rsquo;en 2025.\u003c/p\u003e\n\u003cp\u003eEntré en 2019 au Chœur de l\u0026rsquo;Armée Française, il participe aux cérémonies officielles et aux nombreux concerts que cet ensemble réalise partout en France et dans le monde.\u003c/p\u003e\n\u003cp\u003eEn 2013, il a créé l\u0026rsquo;association Demi-soupir et réalisé des stages de chant, des récitals et des spectacles (dont les derniers : Pomme d\u0026rsquo;api, 2022 – Odyssée sauvage, 2024).\u003c/p\u003e","title":"Biographie"},{"content":"Vous trouverez sur cette page toutes les ressources pour travailler les œuvres au programme.\nProgramme Voici pour rappel les œuvres au programme cette année :\nProgramme Compositeur Œuvre Extrait Allemand Richard Wagner Lohengrin Marche nuptiale Richard Wagner Tannhäuser Chœur des pèlerins. Version SATB Carl Maria von Weber Der Freischütz Chor der Brautjungfern. n° 14 Carl Maria von Weber Der Freischütz Final. Extraits pages 113, 119, 126 à 132 Italien Giuseppe Verdi Nabucco Va, pensiero Gaetano Donizetti L’elisir d’amore Chœur d’introduction. Acte II. Avec Belmonte, Adina, Dulcamara. p. 148 Gaetano Donizetti L’elisir d’amore Final avec Dulcamara Gaetano Donizetti Lucia di Lammermoor Per te d’immenso giubilo. Acte II scène 4. Finale 2. p. 117 Gaetano Donizetti Lucia di Lammermoor D’immenso giubilo. Acte III scène 3. p. 210-225. Peut se suivre avec \u0026ldquo;Oh giusto cielo (Aria Lucia)\u0026rdquo; + d\u0026rsquo;autres choses ? Morceaux à travailler Der Freischütz Versions de travail :\nDer Freischütz – Version originale Der Freischütz – Version originale + Adrien Poupin SATB Der Freischütz – Soprane Der Freischütz – Alto Der Freischütz – Ténor Der Freischütz – Basse Version de référence (Youtube) :\nLes enregistrements ont été réalisés à partir de la version suivante. Pour visionner sur Youtube, vous pouvez cliquer sur ce lien ou scanner le QR Code suivant :\nLucia di Lammermoor – D\u0026rsquo;immenso giubilo Versions de travail :\nLucia, D\u0026rsquo;immenso giubilo – Soprane Lucia, D\u0026rsquo;immenso giubilo – Alto Lucia, D\u0026rsquo;immenso giubilo – Ténor Lucia, D\u0026rsquo;immenso giubilo – Basse Lucia, D\u0026rsquo;immenso giubilo – Tutti Version originale :\nMerci à Elena Mosuc pour son partage !\n","permalink":"https://adrien-poupin.fr/articles/2025-2026_selva-cantabile_ch%C5%93urs-op%C3%A9ra/","summary":"\u003cp\u003eVous trouverez sur cette page toutes les ressources pour travailler les œuvres au programme.\u003c/p\u003e\n\u003ch3 id=\"programme\"\u003eProgramme\u003c/h3\u003e\n\u003cp\u003eVoici pour rappel les œuvres au programme cette année :\u003c/p\u003e\n\u003ctable\u003e\n  \u003cthead\u003e\n      \u003ctr\u003e\n          \u003cth\u003eProgramme\u003c/th\u003e\n          \u003cth\u003eCompositeur\u003c/th\u003e\n          \u003cth\u003eŒuvre\u003c/th\u003e\n          \u003cth\u003eExtrait\u003c/th\u003e\n      \u003c/tr\u003e\n  \u003c/thead\u003e\n  \u003ctbody\u003e\n      \u003ctr\u003e\n          \u003ctd\u003e\u003cstrong\u003eAllemand\u003c/strong\u003e\u003c/td\u003e\n          \u003ctd\u003eRichard Wagner\u003c/td\u003e\n          \u003ctd\u003eLohengrin\u003c/td\u003e\n          \u003ctd\u003eMarche nuptiale\u003c/td\u003e\n      \u003c/tr\u003e\n      \u003ctr\u003e\n          \u003ctd\u003e\u003c/td\u003e\n          \u003ctd\u003eRichard Wagner\u003c/td\u003e\n          \u003ctd\u003eTannhäuser\u003c/td\u003e\n          \u003ctd\u003eChœur des pèlerins. 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Ses vertèbres lombaires et ses muscles intercostaux lui en rendaient grâces : son torticolis chronique avait quasiment disparu, et elle n\u0026rsquo;avait plus que des courbatures.\nHier soir, c\u0026rsquo;était la vingt-cinquième représentation des Précieuses masquées. Ce soir, elle jouerait de nouveau sur le plancher du Zanipolo.\nÔ combien elle adorait l\u0026rsquo;odeur de la cire sur le parquet du plateau ! Au-dessus, cachée du public, se trouvait la rampe des lanternes. Il s\u0026rsquo;agissait de lampes à huile à miroir, qui reflétaient la lumière vers les acteurs. Celles-ci étaient accrochées sur une grande poutre qui courait en hauteur tout le long du cadre de scène. Les machinistes montaient là-haut tous les soirs pour surveiller et rallumer une lanterne qui s\u0026rsquo;était éteinte ou pour rajouter de l\u0026rsquo;huile. Alors, quand les feux de la rampe n\u0026rsquo;avaient pas besoin de maintenance et qu\u0026rsquo;ils avaient un peu de temps libre devant eux, ils pouvaient profiter de la vue imprenable sur la pièce qui se déroulait sous leurs yeux. Les techniciens aimaient d\u0026rsquo;autant plus ce panorama qu\u0026rsquo;il incluait notamment le décolleté d\u0026rsquo;Agnese. C\u0026rsquo;était la comédienne qui interprétait Carcina, le rôle principal de la pièce.\nPour trouver des personnes qui osent monter là-haut, Alberto Tratti, le directeur du Zanipolo, recrutait souvent des marins qui n\u0026rsquo;étaient pas en campagne actuellement. Ces cœurs étaient endurcis par les éléments déchaînés. Pourtant, ils mettaient généralement peu de temps à s\u0026rsquo;attendrir devant la découverte d\u0026rsquo;un beau costume au décolleté plongeant.\nLa mise en scène de son personnage donnait souvent des douleurs aux cervicales à Armida, car elle se retrouvait dans une position inconfortable. Elle avait la tête penchée sur le côté pendant plus dix minutes. Les metteurs en scène avaient de ces idées ! Elle mettait souvent la journée du lendemain pour s\u0026rsquo;en remettre. Sa nuque ne s\u0026rsquo;y était toujours pas adaptée.\nElle n\u0026rsquo;avait pas de texte parlé, mais son entrée sur scène donnait l\u0026rsquo;un des points clés de la dramaturgie. Elle appréciait qu\u0026rsquo;on lui ait confié un rôle si central pour une simple figurante.\nComme son personnage l\u0026rsquo;accompagnait depuis quelque temps déjà sur scène, elle avait approfondi son personnage. Elle se demandait parfois comment Giunia réagirait à telle ou telle situation. Que vivait-elle, servante auprès de ce roi ? Que mangeait-elle, quelles étaient ses désirs, ses peurs ? Elle avait imaginé son personnage en détail.\nElle se prit à imaginer la liaison de Giunia avec le neveu du Roi. Ses mains sur les hanches de Giunia. Il serait beau, fort ; arrogant, aussi. Un strabisme ? Ce détail la fit rire toute seule de sa plaisanterie.\nArmida estimait qu\u0026rsquo;elle avait beaucoup de chance de participer à cette aventure. Elle avait rêvé son métier de comédienne, l\u0026rsquo;avait certes beaucoup fantasmé. Cependant, tourner au Théâtre San Giovanni e Paolo, cela était inespéré.\nLe Zanipolo, comme ils l\u0026rsquo;appelaient, était un petit théâtre tout neuf, où se donnaient de nombreuses créations lyriques et dramatiques. La plupart des filles de sa trempe devenaient bateleuses dans des troupes de cirque itinérant, ou encore faisaient la réclame pour les commerçants. Non, vraiment, son travail acharné commençait à porter ses fruits. Pour le moment, les représentations au Théâtre Principal se passaient très bien.\nUn coup sonna au clocher.\nTiens, quelle heure était-il ?\nDeuxième coup.\nIl y avait une représentation ce soir. Se pourrait-il qu\u0026rsquo;elle ait trop dormi ?\nUn troisième coup.\nSon esprit se vida de toute pensée, comme si des pelottes de laine s\u0026rsquo;accumulaient, étouffant ses désirs, ses émotions. Elle se sentait étrangement calme. Bien trop calme. Elle eut une pensée pour Giunia, qu\u0026rsquo;elle allait interpréter tout à l\u0026rsquo;heure.\nQuatrième coup.\nElle vit distinctement la scène. Dans sa belle tunique de velours bleu et or, le neveu du monarque était beau comme un dieu. Les statues qui ornaient les couloirs du palais évoquaient à Giunia les allures du jeune noble qui la courtisait.\nUn cinquième coup au clocher résonna dans la chambre.\nIl avait appris où se trouvait la chambre de Giunia. Il avait toqué un soir à sa porte. Il lui avait parlé, comme personne ne lui avait jamais parlé. Il l\u0026rsquo;avait embrassée.\nSixième coup.\nPourquoi donc Giunia était-elle retournée chez ses parents ?\nSeptième coup au clocher.\nUne peur glacée lui traversa le dos. La représentation commençait à huit heures. Avait-elle commencé ?\nUn huitième coup résonna comme un glas au clocher de l\u0026rsquo;église.\nDans la pièce, elle n\u0026rsquo;était pas sur scène au lever du rideau. Elle arrivait cependant toujours au moins une heure en avance. La panique l\u0026rsquo;envahit. Elle sauta de son lit. Elle était en retard.\nUne pensée la traversa. Elle pourrait peut-être arriver à l\u0026rsquo;heure ! Elle enfila à toute vitesse la première robe qu\u0026rsquo;elle trouva. Elle l\u0026rsquo;ajusta à peine et bondit hors de chez elle. Elle dévala les escaliers branlants et fonça.\nDans la cour de l\u0026rsquo;immeuble, la concierge était en train de nettoyer les pavés. C\u0026rsquo;était aussi la propriétaire de son appartement. À la voir ainsi courir comme un lièvre, elle comprit qu\u0026rsquo;elle était en retard au spectacle.\n« Encore en retard, jeune femme ? Vous faites pas virer, j\u0026rsquo;ai des charges, ici. Faudra payer votre loyer, hein !\n\u0026ndash; Bonsoir madame ! répondit la jeune femme. Ne vous inquiétez pas ! »\nLes rues de Venise étaient étroites et sales. Armida courait le long des minuscules ruelles, qui débouchaient de façon surprenante sur des places ramassées. Celle sur laquelle elle venait d\u0026rsquo;arriver n\u0026rsquo;avait que deux accès : un passage tordu plusieurs fois à angle droit, et une autre venelle plus petite encore.\nÀ cette heure, ces petites rues étaient bondées. Les ponts enjambant les canaux étaient surchargés de vendeurs à la sauvette. En courant, elle tentait d\u0026rsquo;éviter toutes sortes d\u0026rsquo;évènements désagréables : passants encombrant le chemin, pots de chambre que des ménagères empressées déversaient incidemment sur la tête du bedeau, rats mous et glissants qui couinaient sous la semelle, porteurs chargés de bois de chauffage apparaissant au détour d\u0026rsquo;une maison.\nElle courait comme un lièvre à travers les rues. C\u0026rsquo;est ainsi qu\u0026rsquo;elle fut rebaptisée de splendides noms d\u0026rsquo;oiseaux. À de nombreuses reprises.\nLe Zanipolo n\u0026rsquo;était pas à côté. Elle savait qu\u0026rsquo;elle devait arriver avant le début du deuxième acte. Sans quoi, ç\u0026rsquo;en serait probablement fini de sa participation à cette production. Alberto Tratti, le directeur, n\u0026rsquo;accepterait pas un tel manquement. Elle ouvrit les yeux. Elle était étendue de tout son long sur le sol.\nElle avait fait une chute monumentale en glissant au bas d\u0026rsquo;un petit ponton de pierre humide.\n« Est-ce que ça va, mademoiselle ? » entendit-elle.\nElle bougea une main. C\u0026rsquo;était mouillé. Cela sentait mauvais. Dans l\u0026rsquo;eau, des choses bougeaient, la touchaient. Elle était couchée à plat ventre, appuyée sur un coude. Elle tenta de se relever. Sa main glissa en écrasant quelque chose de mou. Elle se redressa et appuya sa main souillée sur son genou.\nElle regarda autour d\u0026rsquo;elle. De nombreuses personnes, silencieuses, lui rendirent son regard avec répugnance. Ils se détournèrent et se remirent en route. Elle regarda alors sa robe. Elle remarqua qu\u0026rsquo;elle avait enfilé sans le vouloir sa robe en lin vert. C\u0026rsquo;était son plus beau vêtement – ou du moins, ça l\u0026rsquo;avait été. Elle se rapprocha du bord du pont, s\u0026rsquo;essuya les mains sur les pierres humides de mousse, et s\u0026rsquo;assit sur le rebord.\nSa tenue était dans un état lamentable. Elle avait les mains écorchées, le genou droit douloureux. Comment pourrait-elle arriver à l\u0026rsquo;heure au théâtre, crottée comme elle l\u0026rsquo;était ? Comment pourrait-elle ensuite regarder ses collègues en face ?\nD\u0026rsquo;autres questions vinrent alors à son esprit. Elle pensa à son rôle de comédienne.\nDans la pièce, Giunia avait accouché d\u0026rsquo;un bâtard du neveu du roi. Pour la première fois, elle était retournée dans sa famille – avec son nourrisson — depuis son arrivée comme servante au palais. Son père, qui avait prévu un autre parti pour elle, avait été furieux. Impulsif, il l\u0026rsquo;avait frappée avec une lame. De plusieurs coups dans la gorge avec la pointe de son long couteau, il l\u0026rsquo;avait presque décapitée. La mère de la pauvre jeune femme avait recueilli le nourrisson, l\u0026rsquo;avait ramené au palais. Plus tard le bâtard, s\u0026rsquo;étant fait un nom en combattant pour le roi, avait été annobli et fait chevalier. La pièce que jouait Armida se déroulait une génération plus tard, quand Carcina, la fille de ce chevalier, se retrouve à la cour et voit Giunia, sa grand-mère, en fantôme à moitié décapité, la tête pendant sur le corps.\nSi même Armida arrivait à temps au théâtre, aurait-elle la sérénité nécessaire pour jouer son rôle à la perfection ? Jouer une femme frappée à mort par son père ? Interpréter le fantôme d\u0026rsquo;une femme décapitée à moitié, pleine de sang, la tête retombée sur le corps ?\nAssise sur le rebord du ponton, elle se souvint qu\u0026rsquo;Alberto Tratti serait présent ce soir à la représentation. Il fallait absolument qu\u0026rsquo;elle soit bonne ce soir pour plaire au directeur du théâtre.\nC\u0026rsquo;était lui qui l\u0026rsquo;avait auditionnée. Les Précieuses masquées était la première pièce qu\u0026rsquo;il lui proposait. Il lui avait proposé un travail, un bon salaire de comédienne. Elle l\u0026rsquo;avait revu plusieurs fois depuis son audition. Il avait été gentil, trop même. En discutant avec Agnese, qui interprétait le rôle de Carcina, elle avait compris qu\u0026rsquo;il fallait être bien bonne avec Tratti si une femme voulait obtenir un travail régulier au sein du théâtre. Qu\u0026rsquo;elle fasse un autre travail avec le directeur. À mi-mot, Agnese lui avait avoué cette triste réalité. Armida pensa à Giunia. N\u0026rsquo;était-ce pas la même chose pour elle, avec le noble ? Était-il si beau que la jeune comédienne imaginait ? La jeune servante de son imagination était-elle vraiment libre de repousser les avances du neveu du roi ?\nTout cela était certes préoccupant, mais travailler au théâtre était une chance qu\u0026rsquo;elle ne pouvait pas laisser filer. Et ce soir en particulier, le directeur était dans la salle. Il fallait qu\u0026rsquo;elle soit sur scène. Elle obtiendrait d\u0026rsquo;autres rôles.\nElle s\u0026rsquo;élança dans les rues désertes de la ville, et arriva presque instantanément au théâtre. L\u0026rsquo;entrée des artistes était ouverte. Il n\u0026rsquo;y avait pas de concierge à l\u0026rsquo;entrée. Ce fait étrange ne l\u0026rsquo;interpella pas.\nLa jeune femme était dans sa loge. Son habilleuse n\u0026rsquo;était pas là. Elle entreprit de retirer sa belle robe de lin vert pour enfiler son costume. Sa robe était sèche et dans un parfait état. Ce fait étrange ne la surprit pas.\nElle retira sa robe, la posa sur sa chaise, et enfila son costume. Elle se retrouva habillée à la perfection. Pourtant, sans habilleuse pour nouer son lacet dans le dos cela eût dû être impossible. Une fois habillée, elle se passa du maquillage sur le visage. Elle se maquilla la base du cou pour ajouter le sang de la pauvre jeune femme décapitée. Elle se dirigea tranquillement vers le plateau. Giunia serait belle, ce soir. Belle et effrayante.\nCôté cour, elle alla se présenter à la régisseuse générale. La vieille femme, le texte à la main, un bougeoir à l\u0026rsquo;autre, l\u0026rsquo;accueillit avec un grand sourire.\n« Bonsoir, Giunia ! C\u0026rsquo;est à toi dans une minute à jardin. In bocca al luppo ! »\nLes régisseurs de scène sont les chefs d\u0026rsquo;orchestre du spectacle. Ce sont eux qui donnent les tops de tous les évènements du spectacle : les tops d\u0026rsquo;entrée des artistes, les évènements aux lumières, les mouvements exécutés par les machinistes. Cette grande responsabilité donnée aux régisseurs leur occasionnait souvent beaucoup de stress, de sorte qu\u0026rsquo;ils n\u0026rsquo;étaient pas toujours véritablement cordiaux envers tous les artistes. Surtout les simples figurants qui arrivaient en retard. On l\u0026rsquo;avait accueillie beaucoup trop aimablement. Ce fait, alors qu\u0026rsquo;elle s\u0026rsquo;avançait derrière les rideaux, ne l\u0026rsquo;émut guère.\nElle se dirigea vers le régisseur côté jardin, qui la salua d\u0026rsquo;un signe de tête.\n« Salut Giunia, attention pour ton entrée… TOP ! »\nElle entra sur scène. Les feux de la rampe l\u0026rsquo;éblouirent. Elle ne voyait pas le public. Elle se sentit sereine. Son rôle avait commencé.\nGiunia se réveille. Dans sa petite chambre, sur sa paillasse, elle sent le matelas rembourré de paille sous son dos. Ses mains touchent le drap rugueux, la pierre du mur. La cuisine est juste au-dessous, qui lui apporte des odeurs de viande en sauce. Elle a faim. Il faut qu\u0026rsquo;elle se mette au travail, elle a beaucoup de chambres à préparer aujourd\u0026rsquo;hui pour des invités de marque.\nElle a encore vu Armida en songes. Ce n\u0026rsquo;est pas la première fois. Que se passait-il dans son rêve ?\nPeut-être devrait-elle cesser sa liaison avec le neveu du roi, c\u0026rsquo;est contre nature… Cependant, son père serait probablement fier d\u0026rsquo;apprendre qu\u0026rsquo;un membre de la famille royale s\u0026rsquo;est entiché d\u0026rsquo;elle !\nIl faut qu\u0026rsquo;elle arrête de penser à cela. Et puis, rêver de personnages imaginaires ne lui apporte rien de bon. Quand bien même elle désirerait tant faire du théâtre, elle-même ne sera jamais comédienne.\nAdrien Poupin\nNotes Écriture : Ceci est ma toute première nouvelle, écrite en février 2018. Tableau : Juan Jimenez Martin (1855-1901) - Vue de Venise. En 1881, le peintre se rend à Rome pour compléter ses études en peinture. Il y rencontre Fortuny et Villegas Cordero. Il peint des scènes d\u0026rsquo;histoire et des scènes de genre et aussi des sujets orientaux, odalisques, harems, favorites. ","permalink":"https://adrien-poupin.fr/articles/2018-02-11_armida/","summary":"\u003cp\u003eArmida se retourna dans son lit. Elle avait fait le marché ce matin dans les rues de Venise, puis était allée répéter au Zanipolo. Cela l\u0026rsquo;avait éreintée.\u003c/p\u003e\n\u003cp\u003eElle s\u0026rsquo;était octroyée une bonne sieste avant la soirée. Ses vertèbres lombaires et ses muscles intercostaux lui en rendaient grâces : son torticolis chronique avait quasiment disparu, et elle n\u0026rsquo;avait plus que des courbatures.\u003c/p\u003e\n\u003cp\u003eHier soir, c\u0026rsquo;était la vingt-cinquième représentation des \u003cem\u003ePrécieuses masquées\u003c/em\u003e. Ce soir, elle jouerait de nouveau sur le plancher du Zanipolo.\u003c/p\u003e","title":"Armida (nouvelle)"},{"content":"Libretto: Livret Francesco Maria Piave\nPersonaggi: Violetta Valery, soprano\nFlora Bervoix, mezzo-soprano\nAnnina, soprano\nAlfredo Germont, tenore\nGiorgio Germont, suo padre, baritono\nGastone, Visconte de Letorières, tenore\nBarone Douphol, baritono\nMarchese d\u0026rsquo;Obigny, basso\nDottor Grenvil, basso\nGiuseppe, servo di Violetta, tenore\nDomestico di Flora, basso\nCommissionario, basso\nAtto primo Dell\u0026rsquo;invito trascorsa è già l\u0026rsquo;ora… voi tardaste.\nGiocammo da Flora, e giocando quell\u0026rsquo;ore volâr.\n[Violetta : Lo voglio ; al piacere m\u0026rsquo;affido, ed io soglio con tal farmaco i mali sopir.]\nSì, la vita s\u0026rsquo;addoppia al gioir. (×2)\n[Violetta : Miei cari, sedete ; è al convito che s\u0026rsquo;apre ogni cor.]\nBen diceste… le cure segrete fuga sempre l\u0026rsquo;amico licor. [tutti orchestre]\nÈ al convito che s\u0026rsquo;apre ogni cor.\n[Violetta : Sarò l\u0026rsquo;Ebe che versa… Alfredo : E ch\u0026rsquo;io bramo immortal come quella]\nBeviamo, beviamo, beviam.\n[Gastone : O Barone, nè un verso, nè un viva troverete in quest\u0026rsquo;ora giuliva?… Dunque a te…]\nSì, sì, un brindisi.\n[… Mar : Dunque attendi…]\nSì, attendi al cantor! […]\nAh!… libiam, amor fra\u0026rsquo; calici più caldi baci avrà.\n[…] Ah!… godiamo… la tazza, la tazza e il cantico\nla notte abbella e il riso,\nin questo, in questo paradiso\nne scopra il nuovo dì. […]\nAh sì godiamo (×3)\nla tazza e il cantico\nla notte abbella e il riso,\ngodiamo (×3)\nin questo paradiso ne scopra,\nne scopra il nuovo dì. (×n)\nChe è ciò?\n[Violetta : Non gradireste ora le danze?]\nOh il gentil pensier!… Tutti accettiamo.\n[Violetta : Usciamo dunque… Ohi-mè!…]\nChe avete?\n[Violetta : Nulla, nulla.]\nChe mai v\u0026rsquo;arresta?\n[Violetta : Usciamo… Oh Dio!…]\nAncora!\n[Violetta : Or là passate… fra poco anch\u0026rsquo;io sarò.]\nCome bramate. […]\nSi ridesta in ciel l\u0026rsquo;aurora,\ne n\u0026rsquo;è forza di partire;\nmercè a voi, gentil signora,\ndi sì splendido gioir. (×2)\nLa città di feste è piena,\nvolge il tempo dei piacer;\nNel riposo ancor la lena (×2)\nsi ritempri per goder,\nAh! si ritempri, si ritempri per goder (×n)\nAtto secondo p. 148, après le chœur des zingarelle :\nDi Madride noi siam mattadori,\nsiamo i prodi del circo dei tori,\ntestè giuni a godere del chiasso\nche a Parigi si fa pel Bue grasso;\ne una storia, se udire vorrete,\nquali amanti noi siamo, saprete.\n[Chœur dames : Sì, sì, bravi; narrate, con piacere l\u0026rsquo;udremo.]\nAscoltate.\nÈ Piquillo un bel gagliardo\nbiscaglino matador;\nforte il braccio, fiero il guardo,\ndelle giostre egli è signor.\nD\u0026rsquo;andalusa giovinetta\nfollemente innamorò;\nma la bella ritrosetta\ncosì al giovane parlò:\nCinque tori in un sol giorno\nvo\u0026rsquo; vederti ad atterrar;\ne, se vinci, al tuo ritorno\nmano e cor ti vo\u0026rsquo; donar.\nSì, gli disse, e il mattadore\nalle giostre mosse il piè:\n{cinque tori, vincitore,\nsull\u0026rsquo;arena egli stendè,} (×2)\n[Chœur dames : Bravo, bravo il mattadore,\nben gagliardo si mostrò,\nse alla giovane l\u0026rsquo;amore\nin tal guisa egli provò!]\nPoi tra plausi, ritornato\nalla bella del suo cor,\ncolse il premio desiato\ntra le braccia dell\u0026rsquo;amor.\n[Chœur dames : Con tai prove i mattadori\nsan le belle conquistar.]\nMa qui son più miti i cori;\na noi basta folleggiar.\n{Sì, allegri, or pria tentiamo\ndella sorte il vario umor:\nla palestra dischiudiamo\nagli audaci giuocator,} (×n)\nAlfredo! Voi!\n[Afredo : Sì, amici… Flora : Violetta? Alfredo : Non ne so.]\nBen disinvolto!… bravo! Or via, giuocar si può.\n[… Alfredo : Sfortuna nell\u0026rsquo;amore fortuna reca al giuoco…]\nÈ sempre vincitore!\n[… Ils jouent aux cartes. « Un asso… un fante… hai vinto! Il doppio! Il doppio sia. Un quattro… Un sette…]\nAncora!…\n[Alfredo : Pur la vittoria è mia!]\nBravo davver! la sorte è tutta per Alfredo!…\n[… Un servo : La cena è pronta. Flora : Andiamo.]\nAndiamo. [Andiamo.] Andiam.\n[… Alfredo : Or tutti a me.]\nNe appellaste? che volete?…\n[Questa donna conoscete?]\nChi? Violetta?\n[Che facesse non aspete?]\nNo.\n[… Alfredo : or testimon vi chiamo\nche qui, che qui pagata io (l\u0026rsquo;ho).]\nOh, infamia orribile\ntu commettesti!\nun cor sensibile\ncosì uccidesti!\n{Di donne ignobile\ninsultatore,\ndi qua allontanati,\nne desti orror!\nVa, va, va, va, va, va, ne desti orror!} (×n)\n[… Alfredo : Or che lo sdegno ho disfogato, me sciagurato! rimorso (n\u0026rsquo;ho!)]\nOh… quanto peni! ma pure fa cor…\nqui… soffre ognuno del tuo dolor;\nfra cari amici qui sei soltanto,\nrasciuga il pianto che t\u0026rsquo;inondò.\n[… Violetta : tu non conosci che fino a prezzo del tuo disprezzo provato io (l\u0026rsquo;ho).]\nQuanto peni! fa cor! (×n)\n{rasciuga il pianto che t\u0026rsquo;inondò.\nAh ! sì, fra cari amici sei,} (×n)\nAtto terzo (Baccanale, p. 218) [Sc. 1, Violetta : Ah! tutto… tutto finì, or tutto, tutto finì.]\nLargo al quadrupe sir della festa,\ndi fiori e pampini cinta la testa…\nlargo al più docile d\u0026rsquo;ogni cornuto,\ndi corni e pifferi abbia il saluto.\nParigini date passo\n{al trionfo del Bue grasso,} (×2)\nL\u0026rsquo;Asia, nè l\u0026rsquo;Africa vide il più bello,\nvanto ed orgoglio d\u0026rsquo;ogni macello…\nAllegre maschere, pazzi garzoni,\ntutti plauditelo con canti e suoni.\nParigini, date passo\n{al trionfo del Bue grasso.} (×2)\n{Largo al quadrupede sir della festa,\ndi fiori e pampini cinta la testa.} (×2)\n","permalink":"https://adrien-poupin.fr/articles/2018-01-09_la-traviata/","summary":"\u003cp\u003e\u003cstrong\u003eLibretto: Livret Francesco Maria Piave\u003c/strong\u003e\u003c/p\u003e\n\u003cp\u003e\u003cstrong\u003ePersonaggi:\u003c/strong\u003e\nVioletta Valery, soprano\u003cbr\u003e\nFlora Bervoix, mezzo-soprano\u003cbr\u003e\nAnnina, soprano\u003cbr\u003e\nAlfredo Germont, tenore\u003cbr\u003e\nGiorgio Germont, suo padre, baritono\u003cbr\u003e\nGastone, Visconte de Letorières, tenore\u003cbr\u003e\nBarone Douphol, baritono\u003cbr\u003e\nMarchese d\u0026rsquo;Obigny, basso\u003cbr\u003e\nDottor Grenvil, basso\u003cbr\u003e\nGiuseppe, servo di Violetta, tenore\u003cbr\u003e\nDomestico di Flora, basso\u003cbr\u003e\nCommissionario, basso\u003c/p\u003e","title":"La Traviata, Verdi"}]